11  novembre 2017 à Saint-Gence 

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Projection du documentaire "Les mutins de La Courtine" de Pierre Goetschel :

Quelque part sur les confins du plateau de Millevaches, dans une des régions les plus dépeuplées de France, se sont jouées - en réduction - les luttes militaires, politiques et sociales qui se produiront en Russie à partir de 1917 jusqu'à la guerre civile un an plus tard. Racontée au plus près des documents d’archives, le récit nous dévoile un épisode méconnu de la Première Guerre Mondiale, celui des soldats du Corps Expéditionnaire Russe, victimes encombrantes de l’histoire qui osèrent se révolter contre l’ordre guerrier, la diplomatie, une situation ubuesque au cœur de la guerre alors que leur pays la Russie se libérait de l’oppression tsariste pour basculer dans une nouvelle ère, celle de la révolution bolchévique.

- suivie d'une conférence/débat avec Pierre Goetschel, réalisateur

 

Après les accords de décembre 1915 avec la France, le gouvernement impérial russe met sur pied quatre brigades d'infanterie, fortes de 44 000 hommes, réparties en huit régiments spéciaux. Les 2ème et 4ème brigades débarquent à Salonique pour se battre sur le front d'Orient, aux côtés des Alliés commandés par le général Sarrail. Elles serviront jusqu'à leur dissolution en janvier 1918.

Les 1ère et 3ème, (généraux Lochwitsky et Maruchevski), arrivent au printemps 1916 à Marseille, acclamées par la population.

 

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 Défilé de la 1ère Brigade russe dans les rues de Marseille. Avril 1916. Photographe : Albert Moreau. ECPAD

 

 

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Trajet du corps expéditionnaire russe en 1916

 

  La 1ere brigade est formée de volontaires de Moscou et de Samara, la 3ème brigade d'hommes venant de Mandchourie et d'Arkhangelsk. En avril 1917, les deux brigades sont rattachées à la 5ème armée française du général Mazel afin de participer à l'offensive Nivelle. Le 16 avril, les Russes attaquent les positions allemandes au nord-ouest de Reims ; en deux jours, ils prennent les ruines de Courcy, la cote 108, le Mont Spin, Sapigneul, capturant un millier de prisonniers et résistant aux contre-attaques. Le 20 avril, ils sont relevés par des unités françaises, après avoir perdu 70 officiers et 4 472 hommes tués, blessés ou disparus. L'offensive "Nivelle coutera en une semaine plus de 30 000 morts et 100 000 blessés. Au total, après deux mois de combats, on estime les pertes à  200 000 morts français.

A la suite de ces désastres militaires, de lourdes tensions  ébranlent les troupes françaises et  n'épargnent pas le corps russe dont les soldats ont profondément ressenti les événements de Russie (le 15 mars, le tsar a abdiqué et le 13 avril les militaires ont prêté serment à un gouvernement provisoire). Après les attaques du front de Reims, les survivants sont évacués puis regroupés au camp de Neuf-château où ils se scindent entre communistes et loyalistes partisans du gouvernement Kerensky.

 Le G.Q.G. français décide d'éloigner les Russes du front en les envoyant au camp de La Courtine (Creuse) : 16 000 hommes et 290 officiers s'y installent début juillet 1917. La crise éclate entre les deux factions, entraînant le départ de la 3ème brigade, en majorité loyaliste, pour le village de Felletin. Les autorités françaises observent la neutralité jusqu'à l'intervention d'un ultimatum, à la suite d'un accord entre le général Foch et les autorités russes, sommant les mutins de la 1ere brigade de se rendre. Après des semaines de négociations, le ministre de la Guerre, Paul Painlevé, décide le blocus de La Courtine par l'armée française et fait rétablir l'ordre par les Russes loyalistes. Les 16 et 17 septembre, des canons de 75 tirent sur le camp. 7 500 mutins se rendent, les derniers irréductibles résistant jusqu'au 19 septembre.

La mutinerie aura causé ("officiellement") une dizaine de morts.